Comment Staline a-t-il dissimulé les crimes de guerres de l'Union soviétique ?

Le drapeau rouge sur le Reichstag

Dès 1944, l’issue de la Seconde guerre mondiale est joué. En effet, les Alliés ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944 et la France est peu à peu libérée. 

Les soviétiques ont une volonté revancharde envers l'Allemagne, puisque l’URSS a été submergé par trois corps d'armées allemands en juin 1941 : l'un avançant vers Leningrad (l'actuel Saint-Petersbourg), le second vers Moscou, et le troisième en direction de Kiev. En trois mois de campagne, la Wehrmacht arrive dans les faubourgs de Moscou, Leningrad est assiégée et ne sera libérée qu'après 28 mois d'occupation qui auront causé la mort de plus d'un million de civils russes, et Kiev est conquise.

De plus, sur le front est, les Soviétiques re-gagnent peu à peu du terrain, ils libèrent leur territoire puis les Etats d’Europe centrale et atteignent Berlin les premiers. En avril 1945, les armées alliées se rejoignent à Berlin, L’Allemagne et sa capitale sont encerclés et pris en étau. Berlin, en tant que capitale du nazisme et dernier rempart du fascisme était l'élément-clé à faire tomber afin de mettre un terme au troisième Reich (Etat allemand nazi dirigé par Hitler durant toute la durée du conflit).

Les Etats-Unis et les Soviétiques, bien que du même camp durant la Seconde guerre mondiale, rêvaient tous deux d'encercler Berlin les premiers, espérant ainsi obtenir plus de gloire à l'issue de la guerre. S'ils combattaient tous les deux l'Allemagne nazie, les esprits étaient déjà à la rivalité politique (ce qui se confirmera plus tard avec la Guerre Froide.). A l'aube de la bataille pour Berlin, l'Allemagne nazie est déjà sur le point de s'écrouler.

La bataille pour Berlin

La bataille de Berlin débute le 16 avril 1945 et se termine le 2 mai 1945. Elle précipita la fin du troisième Reich et aboutit à la capitulation totale et sans conditions des forces allemandes quelques jours plus tard. Au prix de nombreux morts, cette bataille était également psychologiquement rude pour les combattants (certains soldats soviétiques achevant impitoyablement les soldats allemands blessés dans les rues) et symbolique (vengeance de l'URSS et élimination du nazisme).

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Carte de l'avancée des troupes américaines et soviétiques en Allemagne.

Les soldats soviétiques étaient en nette supériorité numérique, deux millions cinq cent mille soldats de l'Armée rouge firent face à sept-mille sept cent soldats allemands. Les forces soviétiques étaient aussi écrasantes d'un point de vue technique. Les 6 250 chars, 7 500 avions ainsi que 41 600 pièces d'artillerie soviétiques firent face aux 1 519 véhicules blindés, 2 224 avions et aux 9 303 pièces d'artillerie allemandes.

Du 16 au 19 avril eu lieu la bataille des Hauteurs de Seelow : l’armée soviétique encercle Berlin, leur but est d'éliminer toute résistance par des tirs de barrage.
Une fois les faubourgs conquis, au prix de lourdes pertes en hommes et en matériel, la prise de la ville à proprement dit commence le 25 avril. De nombreux habitants ont fui devant l'arrivée des soldats russes, qui se livrent au pillage et au viol (100 000 berlinoises sont violées entre avril et septembre 1945).
Le 25 avril, les troupes américaines et soviétiques se rejoignent à Torgau, sur l'Elbe.
Le 26 avril, l'aéroport de Tempelhof est pris d'assaut. Une pièce d'artillerie (DCA, mortiers) est installée tous les 10 mètres autour de Berlin.

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 L'artillerie en périphérie de Berlin.

L'assaut des Soviétiques sur le Reichstag débute le 30 avril, au soir. Les combats à l'extérieur et à l'intérieur durent toute la nuit.
Le 1er mai symbolise la prise du Reichstag. Adolph Hitler s'était auparavant enfui dans son führerbunker et avait mis fin à ses jours. deux millions de Berlinois se sont réfugiés dans le métro ou des caves afin de fuir les bombardements.
Le métro est inondé (il est supposé que ce soit sur ordre du führer afin d'empêcher une progression trop rapide des soviétiques par ces conduits) ce qui coûtera la vie à un milliers de civils réfugiés. 

La prise du Reichstag

La prise du Reichstag par l’Armée rouge est un événement important et symbolique de la bataille de Berlin, du fait que le palais était considéré comme le dernier refuge des nazis.
Le Reichstag était en effet le dernier retranchement des SS et des sympathisants nazis.
Les murs des étages inférieurs du Reichstag ont été renforcés par des rails, du ciment armé et de la terre. Les fenêtres et les portes sont murées et on y a amménagé des meurtrières pour permettre d'y glisser le canon des mitrailleuses. A à peu près deux cents mètres de l'immeuble se trouvent trois tranchées reliées aux caves, protégées par des fosses antichars remplies d'eau. Les rues menant au Reichstag sont barricadées et les carrefours sont minés. Au sud-ouest du bâtiment, c'est-à-dire dans le jardin zoologique, les dernière forces allemandes ont construit un point d'appui fortifié avec des blockhaus en béton. La garnison du Reichstag comprend essentiellement des détachements prélevés sur des bataillons de la Volkssturm S.S. et de petites unités de l'École navale venues de Rostock, soit environ 5 000 hommes au total dirigés par le
SS-Brigadeführer Wilhelm Mohnke, appuyés par quatre canons de 88 et deux chars "Tiger II".

L'assaut du Reichstag à proprement dit débute le 30 avril à l'aube et se poursuit sans interruption jusqu'au matin du 2 mai. La garnison allemande se défend avec l'énergie du désespoir, sans se soucier de ses pertes ni de l'inutilité de sa résistance. 
Non contents de tirer sur leurs adversaires, les Allemands lancent en outre un certain nombre de contre-attaques désespérées pour tenter de briser l'assaut soviétique.
Le bombardement, prélude à l'investissement du Reichstag débute le 30 avril à 13 heures. Tous les canons et artilleries tirent à vue.
C'est vers 13 h 30 que l'assaut commence. Tandis que les mitrailleuses et les armes automatiques des défenseurs déversent un feu constant sur l'infanterie, des canons de gros calibre et des pièces de DCA, installés dans le jardin zoologique, neutralisent la plupart des assaillants, si bien que seuls des groupes isolés réussissent à percer la défense. L'assaut a échoué une fois de plus.

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La violence des affrontements.

L'attaque reprend à 18 heures sous un étroit soutien de l'artillerie. Entrer en force dans le bâtiment se révèle extrêmement difficile. Les soldats commençèrent par s'infiltrer dans le vestibule circulaire à travers des brèches dans les murs. De violents combats débutent dans les autres salles. Les Allemands résistent malgré une bataille déjà perdue. On se bat pour chaque étage, pour chaque palier, pour chaque corridor, pour chaque pièce ; les défenseurs utilisent tout ce dont ils disposent, que ce soit grenades, lances-roquette, armes automatiques ou mitrailleuses et incendient même les salles et lancent de fréquentes contre-attaques violentes. Au final, 2 500 soldats ont été tués et 2 600 faits prisonniers.

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Le symbole du nazisme après la bataille.

Mikhaïl Minine, un jeune soldat de 23 ans est monté sur le toit du parlement allemand et a accroché un drapeau sur l'une des statues, Germania, le 30 avril 1945, à 22 h 40. Le jour suivant, le drapeau fut enlevé par des soldats allemands qui résistèrent encore quelques jours dans le quartier du Reichstag.  
Puis, dans la nuit du 30 avril au premier mai, les sergents Yegorov et Kontary, sur ordre du colonel Zintchenko, commandant le 756ème régiment, vont hisser sur le dôme du Reichstag le drapeau rouge soviétique, orné de la faucille et du marteau, symbole du communisme. Mais, dans les deux cas, du fait de l'obscurité, aucune photo ne put être prise.

                       Seulement, une photographie marqua tout de même l'histoire et symbolisa la fin du nazisme ...

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"Le drapeau rouge sur le Reichstag"

On aperçoit sur la photographie, en arrière plan, les ruines de Berlin, à droite, le toit du Reichstag et deux statues. Au premier plan, un soldat sur le toit du Reichstag qui hisse le drapeau de l’URSS, il est soutenu par un deuxième soldat à ses pieds.
Cette photographie symbolisant la chute du troisième Reich, et illustrant un moment historique et a en réalité été "fabriquée" de toute pièces à la demande de Staline. Ainsi, ce cliché qui est devenu une véritable icône est au final une soigneuse mise en scène de la part du gouvernement soviétique, mais qui a été en plus retouchée et truquée à des fins bien sombres que nous allons bientôt aborder...

Cette photographie a en fait été prise à Berlin le 2 mai 1945 sur le toit du Reichstag, qui fut le parlement de l’Allemagne avant-guerre et dont l’incendie, en 1933, symbolise le début du nazisme. Staline charge les photographes de l'armée soviétique d’immortaliser la victoire sur l'Allemagne nazie après la bataille de Belin. Elle a été prise le 2 mai 1945 par Evgueni Khaldei (1917-1997, photographe ukrainien de l'agence Tass et correspondant de guerre dans l’Armée rouge). Le mois précédent, en avril, Evgueni Khaldei, qui a alors 28 ans, découvre la photographie de l'américain Joe Rosenthal représentant les marines plantant la bannière étoilée sur Iwo Jima.

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"Planter du drapeau sur Iwo Jima"

Evgueni Khaldei convainc sa hiérarchie de réaliser une photo similaire. Il fait fabriquer d’immenses drapeaux rouges à Moscou alors que Berlin est sur le point d'être prise par les troupes soviétiques. 
L'agence Tass (en russe ИТАР-ТАСС), signifiant en français "agence télégraphique d'information de Russie", est une des principales agences de presse de Russie. Elle était donc majoritairement contrôlée par le gouvernement de l'Union soviétique au niveau des informations et des photographies diffusées au peuple. Durant tout l'ère soviétique, cette agence est la seule source d'informations de tous les médias présents en URSS.

Le 2 mai 1945,  Evgueni Khaldei procède donc à une reconstitution sur le toit du Reichstag. Il escalade le bâtiment pour prendre la photo avec des soldats accrochant le drapeau : Alekseï Kovalev, Abdoulkhakim Ismaïlov et Léonid Goritchev. Mais Staline choisit de présenter les soldats de la photographie comme étant le géorgien Meliton Kantaria (car Staline était lui même georgien), le russe Mikhaïl Egorov ainsi qu'Alekseï Brérest qui étaient héroïques à ses yeux. Il décide que ce sont eux les soldats sur la photographie même si ces hommes n'ont jamais hissé le moindre drapeau, ni le 30 avril, ni même le 2 mai lors de la reconstitution. La photographie a été publiée dans le magazine russe Ogonyok le 13 mai 1945. Le supérieur de Khaldei a alors remarqué que le soldat, soutenant l'autre qui hisse le drapeau, portait une montre à chaque poignets, preuve de pillage. Khaldei a alors, selon son propre aveu, gratté le négatif pour supprimer celle à son bras droit.
Il témoigne : "Le drapeau, je l'ai cousu moi-même à Moscou ! Mais ce cliché, qui peut sembler parfait, a subi, en vérité, une petite retouche. Une exigence de mon rédacteur en chef de l'agence Tass. Je n'avais pas remarqué un détail infime : l'un des soldats portait une montre à chaque poignet. Ce qui était synonyme de pillage ! Je me suis fait passer un savon. Et j'ai dû gratter sur le négatif la deuxième montre pour que l'honneur de l'armée soviétique de libération ne soit pas entaché..."

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La photographie originale à gauche, la photographie truquée à droite.

Les versions suivantes de la photo subirent encore d'autres modifications. Ainsi, les nuages de fumée sur la photo truquée, sont beaucoup plus menaçants que sur l'originale. Khaldei les a noircis (voir masquage) pour accentuer le côté dramatique de l'instant : on a ainsi l'impression que la bataille de Berlin bat encore son plein.

Ce n'est qu'après la chute du mur de Berlin et la fin de l'Union soviétique que Evgueni Khaldei put montrer sans craintes le cliché non retouché qu'il avait conservé.Dans une interview (Le Point - publiée le 14/06/1997) un journaliste lui demanda si il avait autant effacé qu'il avait photographié. Khaldei lui répondit : "J'ai escamoté, en effet, de nombreux dirigeants tombés en disgrâce : Beria, Tito...". 

Ce trucage photographique est encore une preuve accablante du contrôle des esprits qu'exerçait le gouvernement de l'Union soviétique sous Staline sur les citoyens. Les crimes de guerres étaient masqués afin de cacher une triste vérité. Les soldats soviétiques n'étaient tout de même pas, ni les seuls, ni les principaux soldats à avoir commis des crimes de guerre lors de ce conflit, loin de là. Cependant, l'Union soviétique reste le principal Etat, parmis les Etats ayant libéré l'Europe du fascisme, à avoir cherché à dissimuler les preuves de ces crimes par le trucage photographique et la manipulation de la réalité.

Bien que considérée comme un combat du monde libre contre le totalitarisme et le fascisme, la Seconde guerre mondiale fut tout de même remporté par l'un des plus grand Etats dictatorials du vingtième siècle, l'Union soviétique. L'enchainement des évènements de la Seconde guerre mondiale conduiront l'Union soviétique aux portes de l'Europe occidentale lors de l'occupation de l'Allemagne de l'est, et déclanchera ainsi de vives tensions idéologiques entre les deux superpuissances que sont l'URSS et les Etats-Unis, qui conduiront le monde au bord du gouffre...

Nous allons désormais étudier les aspects physico-chimiques du trucage photographique perpétré par Evgueni Khaldei sur le négatif du "Drapeau rouge sur le Reichstag"

Le négatif et sa retouche


De la prise de vue au négatif : théorie

Après la prise de vue, une image latente apparaît sur le film, elle est invisible. Pour la faire apparaître il suffit de développer le film à l'aide de divers produits et à la suite de diverses réactions chimiques sur ce papier. Nous obtenons alors un négatif sur le quelle les trucages pourront être réalisés.

La prise vue consiste en une absorption de lumière sur la pellicule (qui est composée généralement d'une gélatine imprégnée de microcristaux d'halogénure d'argent, chlorure ou bromure) sous la forme d'un photon, venant réagir sur un des composants de la pellicule : l'halogénure. 

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Le photon vient éjecter un électron de l'halogénure, ici un bromure : Brà Br  + e-   
Le radical brome formé se combine ainsi avec un autre radical brome aussi formé afin d’assembler du dibrome : 2Br à Br2

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Pendant ce temps, l’électron formé avec le brome vient réduire les ions Ag+ en argent colloïdal Ag : c’est une réduction photochimique : Ag+ + e- à Ag. L’argent colloïdal est donc formé uniquement sur les zones éclairées. Une fois la pellicule impressionnée, il existe ainsi des zones denses en grains d’argent Ag et d’autres denses en ions Ag+, non réduits, en suspension dans le gel.

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Veuillez notez qu’à ce stade, l’image n’est pas encore perceptible sur la pellicule. Il faut amplifier la quantité d’Ag afin que le contraste apparaisse entre les zones éclairées et les zones non-éclairées : c’est l’agraindissement, c'est-à-dire augmenter l’étendue des îlots de cristaux d’Ag. Il s’agit du processus de développement à proprement dit.

Le développement du négatif doit être réalisé sous une lumière spéciale (la lumière du jour doit être absente), ce papier est sensible à la lumière visible mais pas sur tout son spectre. La longueur d'onde de la lumière rouge est si longue que l'émulsion du papier n'y réagit pas, ou alors très peu. C'est pour cela qu'on peut éclairer les laboratoires en rouge sans risque de voiler le papier. Ceci est uniquement valable pour le tirage des photos noir et blanc. (sur du papier orthochromatique : Se dit du papier qui n'est pas sensible à toutes les couleurs, à l'inverse du panchromatique utilisé pour le tirage couleur, donc régissant à toutes les couleurs du spectre lumineux ). Cette lumière est appelée “inactinique”, elle peut se décliner du rouge au jaune/vert. 

En premier temps, nous devons plonger l’image dans un bac de révélateur. Le principe de la révélation est basé sur le fait que lorsqu’un cristal se forme, il s’agrandit autour des cristaux déjà formés. Les cristaux de Ag déjà formés ont étés formés grâce aux photons. L’image latente déjà formée va donc se contraster si on réduit les ions Ag+ restants en Ag. Un révélateur classique pour photographies argentique est composé de plusieurs substances ; un solvant : l’eau ainsi un réducteur : l’hydroquinone. C’est à proprement parler la substance permettant de révéler l’image. L’hydroquinone a pour formule : HO-C6H4-OH, notée H2Q pour simplifier les équations. L’hydroquinone est la réduction du couple 2H+, Q/H2Q, la quinone est notée Q. D’où 2e- + 2H+ + Q à H2Q.

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Structure de l'hydroquinone.

L’hydroquinone va réagir avec les ions argent qui constituent l’oxydant du couple Ag+ / Ag : e- + Ag+ à Ag. L’équation de la réaction qui se produit entre les ions argent et l’hydroquinone peut en effet s’écrire : H2Q + 2Ag+ + 2HO- à 2Ag + Q + 2H2O

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La basicité du milieu réactionnel catalyse ainsi la réaction car les ions hydroxyde sont responsables de la basicité d’une solution, on remarque donc qu’ils sont donc nécessaires à la réaction. L'hydroquinone permet donc de transformer d'autres ions argent de la pellicule en argent metallique, accentuant ainsi le contraste et permettant à l'image d'aparaitre enfin.
Si on laisse la photographie trop longtemps dans le bain de révélateur, elle se produira partout et l’image sera malheureusement complètement noire. 

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Ensuite, une fois sortie du révélateur, l'image passe dans un bain d'arrêt. Le bain d’arrêt est simplement composé d’eau et d’acide acétique, d’acide éthanoïque ou de vinaigre, il s’agit donc d’uns solution acide (pH<6). Il s'agit simplement de stopper la réaction de l’hydroquinone, ayant besoin d’un milieu basique pour réagir. Le bain d'arrêt est court et dure généralement une dizaine de secondes.

Par la suite, nous devons passer la photographie dans un bac de fixateur. Le fixateur fut découvert dans les années 1820 par John Herschel.
Aujourd’hui encore, nous utilisons toujours le même produit pour fixer les images. La substance découverte par Herschel est l’hyposulfite Na2S2O3, 5H2O qui donne en solution l’ion thiosulfate S2O32-.

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Structure de l’ion thiosulfate.

Il dissout les halogénures d’argent et n’attaque ni la gélatine ni l’image argentique formée. Le pH du fixateur doit être inférieur à 4, sinon nous observerions un dépot de soufre : 2H+ + S2O32- à SO2 + S + H2O
Afin d'éviter ceci, nous devons ajouter au fixateur une solution tampon : l’hydrogénosulfite et sulfite de sodium qui permettent de garder un pH en dessous de 4.
L’ion thiosulfate entraîne la complexation de l’ion argent (Ag+) et peut conduire à un grand nombre de composés différents : les ions complexes argentithiosulfate : Ag+ + S2O32- à Ag(S2O3)- ou Ag(S2O3)- + S2O32- à Ag(S2O3)23- ou Ag(S2O3)23- + S2O32- à Ag(S2O3)35-

9-1.pngCette complexation permet de former un complexe stable de l’ion argent Ag+ et ainsi de lui éviter d’être à nouveau réduit en Ag sous l'effet de la lumière. Les zones qui n'ont pas été exposées à la lumière resteront donc claires puisque les ions Ag+ ne pourront plus réagir. Le négatif est à ce moment stabilisé et peut être exposé à la lumière du jour. Il ne reste plus qu’à laver la photographie abondamment à l’eau claire afin d'éliminer les ions argentithiosulates formés.

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Nous avons donc finalement formé notre négatif !

Notre négatif est en fait constitué de différentes strates, principalement d’un support et d’une émulsion.
L'émulsion est en fait l’élément actif du film photographique. Elle est composée d’une gélatine dans laquelle baignent plusieurs dizaines demillions de microcristaux d’halogénures d’argent photosensibles. L’halogénure d’argent le plus souvent utilisé est le bromure d’argent. Les microcristaux constituent 40% de l'émulsion.
Le support (ou substratum), est généralement en acétate de cellulose et permet l’adhésion de l’émulsion sur le support. Le film est également composé de différentes couches de protection :
la couche anti-halo, qui absorbe les rayons lumineux et prévient donc la formation éventuelle d'halogènes causés par la réflexion de la lumière sur le support, la couche anti-curl, dont le rôle est souvent joué par la couche anti-halo, qui assure la rigidité du film ainsi que la couche anti-rayures (ou anti-abrasions), réduisant la fragilité du film. 

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Le trucage sur négatif

Pour truquer une photographie directement à partir de son négatif, diverses options s'offrent à nous.

Nous pouvons par exemple gratter le négatif comme l’a fait Evgueni Khaldei sur "Le drapeau rouge sur le Reichstag", pour supprimer la montre en trop du poignet de l'un des soldats.
Cette technique de trucage ne permet que d'éclaircir des zones sombres sur le négatif, en retirant la couche d'émulsion, et donc de les noircir au final sur le positif. 

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Grattage d'un négatif.

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La photographie truquée.

Le trucage ayant été effectué sur un négatif, le poignet du soldat, après grattage de la montre sera apparu blanc sur le négatif. Or nous observons que sur le positif de la photographie, son poignet apparait blanc tout de même, alors qu'après développement d'un négatif avec un poignet blanc, il aurait du apparaitre noir sur le négatif. Nous supposons donc qu'une technique de masquage a été utilisée, et que le poignet du soldat a été surexposé lors du passage du négatif au positif afin qu'il apparaisse blanc sur ce dernier pour ne pas éveiller des soupçons quant à une noirceur anormale du poignet du soldat.
On peut également éclaircir le tirage à l’aide de bains chimiques comme le ferricyanure de potassium servant à dépigmenter une zone de la photographie. Cette technique n'a pas pu être utilisée pour éclaircir sur le positif le poignet noir du soldat après grattage, car ce bain chimique ne peut pas se faire sur une zone précise de la photographie, contrairement au masquage qui reste donc l'hypothèse la plus plausible.
Nous pouvons également modifier un négatif en le retouchant avec de la peinture ou de la gouache.

Lorsque le trucage est bien fait, le recours au négatif est indispensable, mais souvent impossible, car il a très souvent disparu. On peut donc truquer nos photographies argentiques en modifiant le tirage lui-même, cette technique s’appelle-la repique, mais elle est bien plus utilisée en retouche afin d'améliorer la photographie, supprimer les éventuelles altérations de l’image.
La repique est réalisée a partir de gouache, de feutres à retouche et d’un aérographe (un pistolet à peinture miniature dont la taille est celle d'un stylo).

Le trucage sur négatif est au final très précis, et est le plus approprié et efficace afin d'effacer un minuscule détail d'une photographie, il ne fut pas énormément utilisé pour effacer un personnage entier d'une photographie, contrairement au photomontage.
Le grattage du négatif a donc permis à au gouvernement soviétique d'effacer un détail infime, qui n'aurait sans doute pas été remarqué ni du premier coup d'oeil, ni par tout le monde, mais qui aurait sans doute fait couler énormément d'encre à l'époque, dans les pays qui n'étaient pas sous dictature Moscovite. Seulement, la vérité fut encore une fois dissimulée par le régime soviétique pendant près de cinquante ans...

Commentaires (1)

1. pacha 13/11/2014

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